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Vidéos des 20 propositions
1. Faire de la fonction sociale de l’entreprise une priorité stratégique : inciter et contraindre 2. Organiser la société commerciale à partir du projet d’entreprise plutôt qu’à partir du profit 3. Pour un contrôle indépendant, financier et extra-financier, des entreprises 4. Intégrer les impacts environnementaux et sociaux des entreprises dans l’analyse financière et dans l’investissement 5. Valoriser le salariat pour redonner sens à l’entreprise 6. Pour une formation, initiale et continue, à l’éthique 7. Climat : vers une économie européenne à faible intensité carbone 8. Pour un financement volontariste de la transition énergétique 9. Restaurer la fonction première des marchés à terme de matières premières 10. Pour une finance au service de l’économie 11. Mettre fin à certaines dérives des marchés financiers 12. Réguler les fonds de pension pour sauver les retraités européens 13. Désamorcer la guerre numérique et accélérer l’innovation utile 14. Pour une comptabilité sociétale et environnementale 15. Pour une fiscalité déterritorialisée des multinationales 16. Vers des outils de mesure de l’optimisation fiscale 17. Instaurer des taxes globales 18. Pour une taxe européenne, écologique et sociale 19. Réformer la BCE pour sauver la zone euro 20. Pour une économie verte, équitable et pluraliste





Contribution gnrale sur l'ouvrage

Recension parue dans Les Echos du 30 avril 2009

Par Dominique Seux

Journaliste


Des cathos réformistes

Dans la profusion de livres écrits la faveur de la crise économique et financière, celui-ci a une double particularité qui retient l’attention. La première est que ces « Vingt Propositions pour réformer le capitalisme » sont le fruit d’un travail en commun entre le monde de la recherche universitaire et celui des acteurs en entreprise. Parmi les dix auteurs de ce collectif, on trouve un directeur financier de multinationale, des banquiers opérant sur les marchés de crédit ou pétrolier, mais aussi des enseignants en école de commerce et un chercheur du CNRS, qui a lui-même conseillé des sociétés d’investissement. L’exercice auquel ils se livrent n’est donc ni un nouveau et banal pamphlet académique disert sur les causes de la crise mais inconsistant sur les alternatives, ni le récit complaisant d’un ex-trader ou ex-banquier racontant de l’intérieur toutes les péchés qu’il a commis. C’est un ouvrage crédible. De la rémunération des opérateurs financiers leur formation, du contrôle des risques la place du salariat, de la fiscalité internationale l’instauration d’un impôt pour les transactions financières, les pistes sont sérieuses et argumentées - parfois même très techniques pour un public non averti. Les auteurs « ouvrent les pistes sur les voies et moyens d’une régulation internationale dont nous savons qu’elle est aussi incontournable qu’actuellement très imparfaite », résume dans sa préface Pascal Lamy, le patron de l’Organisation mondiale du commerce.

Mais la seconde originalité de l’ouvrage tient aux principaux auteurs, jeunes quadragénaires, qui ont coordonné l’ensemble. L’un, Gaël Giraud, est un jésuite normalien, Ensae et membre de l’Ecole d’économie de Paris, déj auteur d’un livre de recherche sur la théorie des jeux. L’autre, Cécile Renouard, est une religieuse de l’Assomption, Essec, enseignante l’Ecole des mines de Paris et au Centre Sèvres (jésuite). Elle consacre ses travaux la responsabilité éthique des entreprises. Ni l’un ni l’autre - et encore moins leurs coauteurs peut-être - ne veulent sans doute que leurs points de vue soient appréhendés travers le prisme catholique : ils sont d’abord des chercheurs et des praticiens. Leurs propositions ne sont d’ailleurs en aucun cas une catéchèse. Mais elles n’en reflètent pas moins le désir actuel des intellectuels catholiques d’être présents sur le terrain de l’analyse de la récession la plus profonde depuis 1945, de ses causes et des solutions proposer, avec l’acquis que leur donne le regard planétaire - mondialisé - de la tradition chrétienne. Un désir qui se retrouve dans les colonnes de revues comme « Projet », « Etudes », celles des « Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens » (« EDC ») ou dans les publications de la Conférence des évêques de France. Une encyclique du Vatican est d’ailleurs également attendue dans les jours qui viennent sur les enjeux de la crise. Image de moralisme

Quel message veulent faire passer les auteurs ? Leur premier souci est de se débarrasser de l’image de moralisme un peu désuet qui colle la peau des « cathos ». « Quant l’éthique, il ne s’agit aucunement, nos yeux, d’une morale de la bonne conscience individuelle qui se contenterait de respecter sagement les règles du jeu. Il s’agit d’une responsabilité et d’une prise de conscience collectives de la nécessité de changer ensemble les règles du jeu elles-mêmes », avertissent Gaël Giraud et Cécile Renouard. Si les courants sont, comme partout ailleurs, multiples dans l’Eglise catholique, des libéraux aux sociaux-démocrates et aux partisans de la décroissance, les auteurs des « Vingt Propositions » se situent, eux, résolument dans celui du réformisme. Le capitalisme libéral n’est pas mort et il n’est pas question de diaboliser les marchés financiers, c’est simplement le « libertarisme » qu’il faut enterrer, autres noms du reaganisme et du thatchérisme. Cette position est assez nouvelle pour retenir l’attention et inviter la lecture.