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Vidéos des 20 propositions
1. Faire de la fonction sociale de l’entreprise une priorité stratégique : inciter et contraindre 2. Organiser la société commerciale à partir du projet d’entreprise plutôt qu’à partir du profit 3. Pour un contrôle indépendant, financier et extra-financier, des entreprises 4. Intégrer les impacts environnementaux et sociaux des entreprises dans l’analyse financière et dans l’investissement 5. Valoriser le salariat pour redonner sens à l’entreprise 6. Pour une formation, initiale et continue, à l’éthique 7. Climat : vers une économie européenne à faible intensité carbone 8. Pour un financement volontariste de la transition énergétique 9. Restaurer la fonction première des marchés à terme de matières premières 10. Pour une finance au service de l’économie 11. Mettre fin à certaines dérives des marchés financiers 12. Réguler les fonds de pension pour sauver les retraités européens 13. Désamorcer la guerre numérique et accélérer l’innovation utile 14. Pour une comptabilité sociétale et environnementale 15. Pour une fiscalité déterritorialisée des multinationales 16. Vers des outils de mesure de l’optimisation fiscale 17. Instaurer des taxes globales 18. Pour une taxe européenne, écologique et sociale 19. Réformer la BCE pour sauver la zone euro 20. Pour une économie verte, équitable et pluraliste





Contribution gnrale sur l'ouvrage

La vision de l’opérateur en front office (trader et sales) ou comment s’adapter aux changements de paradigme

Par Oscar Relier

Ancien opérateur de salle des marchés, Sales Trader et Corporate Finance, aujourd’hui formateur Bärchen au sein de banques et sociétés de gestion


Dans le contexte de la crise que nous vivons, la question se pose de savoir comment un changement de conscience peut amener un changement de comportement. Dans les formations techniques ou managériales et comportementales que j’anime, nous ne revenons pas ou peu aux notions d’éthique, de valeurs, d’impact sociétal…pourtant aligner les comportements sur les valeurs est un exercice résultats infinis et aujourd’hui nous sommes pressés collectivement de trouver une solution durable. Voici les réflexions et interrogations d’un ancien opérateur front Sales Trader et Corporate Finance, aujourd’hui formateur Bärchen au sein de banques et sociétés de gestion.

Rémunération + effet de levier : un cocktail explosif
La rémunération d’un opérateur de front office se chiffre en fixe et en pourcentage de P&L (profit and loss) pour sa part variable, 10% par exemple. Si un Trader ou Sales (commercial) fait un P&L de 10mUSD par an, cela lui donne un bonus potentiel de 1M USD… Les responsabilités de l’opérateur sont elles toujours engagées leur juste valeur l’égard de la société long terme ? On voit en ce moment qu’imposer un cap ces rémunérations est envisageable dans des sociétés nationalisées ou bénéficiant de soutient publique. Une solution temporaire ? Ces rémunérations sont possibles en raison de l’effet de levier qu’offre les marchés : un individu peut gérer directement ou indirectement 200 Million USD, 800 Million USD, 1 milliard ou plus…Le problème provient il de cette concentration ?

Conditionnement des comportements
Je réalise des formations qui abordent des problématiques techniques sur les produits dérivés et aussi des formations qui adressent des enjeux comportementaux : management, techniques de vente, prise de parole en public. Il est d’ailleurs nécessaire de bien comprendre comment fonctionne une Salle de Marché (SDM) pour aborder des problématiques de management. Dans un contexte où « P&L is King », je constate qu’il m’est difficile de faire passer des messages de développement de carrière, gestion de conflit par la communication non violente. Que faire quand on voit que pour manifester sa frustration un trader peut fracasser son téléphone sur son desk ou bien un junior se fait interrompre par son boss « Don’t interrupt me you interrupting fuck ! ». ? Ce qui manque aux opérateurs front est-ce une vision plus globale, éthique de la société, et un savoir être presque incompatible avec les critères de réussite de cet environnement ? Il ne faut pas oublier que la salle des marchés donnait lieu des jeux comme Liars Poker dans les années 80 où vous pouviez jouer votre place de trader junior en devinant juste le nombre de 7 sur un numéro de série d’un billet de 20 USD…D’autres versions existent sans doute aujourd’hui, la SDM est naturellement propice au jeu et tout type de créativité. La salle des marchés conditionne-t-elle la réussite financière des opérateurs de front une violence des modes de pensée et d’action ? La façon naturelle de se comporter pour survivre dans une SDM est d’être focalisée sur le court terme, l’instant présent. Ce que prônent d’ailleurs nombre de pratiques méditatives. Le problème devient alors : quelle conscience doit on avoir de l’instant présent dans une SDM ?
Un rééquilibrage peut être nécessaire et un changement de comportement sera peut être appris si la volonté de se focaliser sur les responsabilités long terme se vit de manière consciente. Par analogie, lorsque l’on se sent agressé dans une situation de conflit, le premier réflexe est d’agresser l’autre mais avec une intelligence émotionnelle plus aigue, la réponse se trouve toujours ailleurs… l’intelligence émotionnelle s’apprend.

Vision globale et éthique la source du problème ?
Certains marchés financiers sont des marchés d’initiés, le Crédit, le Distressed ou même les M&A… On parle de timing, de flair mais surtout d’accès l’information pour faire la différence.
Qui se souvient de Michael Milken et ses « délits d’initiés » - que signifie vraiment ce terme ? - lorsqu’il a été l’origine entre autres du marché des Junk Bonds dans les années 80 pour permettre l’accès au capital des sociétés incapables de se financer auprès des banques. La bulle était déj allée trop loin mais l’idée était bonne la base… Ce pouvoir de concentration d’information dont Milken a de facto bénéficié est il différent de celui dont bénéficient les structureurs de crédit lorsqu’ils conçoivent (ou plutôt concevaient) des CDO square ou autres structurés « boîte noire» que seul un ancien structureur pouvait – et encore – comprendre dans les détails ? Quelle est la responsabilité des opérateurs front dans ce cas l ? Jusqu’ présent, leurs intérêts ainsi que ceux de leur employeur était de garantir le P&L « court terme » le plus élevé.

Profiter du système pour redonner ?
L’accès l’information est donc clé pour garantir la réussite, et court terme c’est plus facile… Le but de Milken n’était pas de faire tomber les marchés. D’ailleurs il prêchait dans ses cours de finance qu’il y avait un temps pour acheter et un temps pour construire.
Pour avoir eu la chance de suivre ses cours de finance alors qu’il finissait de purger sa peine de prison pour délit d’initié, j’ai pu constater son génie de créativité. Depuis, il a contribué activement l’éducation et la recherche contre le cancer, mène des actions philanthropiques via sa fondation et organise des conférences sur la réforme du capitalisme… L’exemple de Soros ou d’autres traders succès reconvertis philantropes sont garder en tête si on prend en compte le système dans son ensemble et dans la durée…

Comment aboutir un changement de paradigme viable?
Les récents commentaires de Soros sur la crise sont révélateurs : il appelle une nouvelle philosophie économique, arguant du fait que les mesures prises pour sortir de la crise ne réparent pas la finance de sa maladie courtermiste et que la théorie des marchés efficients est définitivement enterrée (HedgeWeek 25 Mars 2009). Harmoniser la coexistence des valeurs de Social Business avec celle de notre économie centrée sur les profits est pour le moins une gageure … Je prends pour exemple la réaction de Frank Riboud devant se justifier auprès de ses actionnaires de la création de ses activités Social Business (voir le livre de Mohamad Yunus Creating a World without Poverty) par définition moins rentables que ses activités « classiques » au risque d’être en contradiction avec lui même.
Est ce que pour sortir de la crise, toutes nos activités économiques doivent devenir socialement responsables ? A t on trouvé la bonne définition de socialement responsable ? Et la finance de marché peut elle le devenir? Ces 20 Propositions en tous cas nous offrent une opportunité pour participer la création de ce nouveau paradigme.

En physique quantique on dit que tout est énergie. L’argent finalement représente une forme d’énergie. Avec les avancées en physique quantique, nous sommes amenés revoir notre compréhension de l’interaction esprit – matière, et revoir notre conception de la Conscience…Et si en changeant notre conscience de l’argent, on pouvait changer nos comportements? On en revient la fameuse méthode Coué ou bien en anglais YCYOR (You Create Your Own Reality). En formation, le débat sur comment changer le fonctionnement des marchés aboutit souvent la conclusion « il faut changer la nature humaine »…Finalement, peut être que le nouveau paradigme serait de mettre la finance au service d’un but plus grand, dans le sens plus holistique, que la seule prospérité économique. Et comment définir ce but sans faire intervenir une dimension spirituelle ?