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Vidéos des 20 propositions
1. Faire de la fonction sociale de l’entreprise une priorité stratégique : inciter et contraindre 2. Organiser la société commerciale à partir du projet d’entreprise plutôt qu’à partir du profit 3. Pour un contrôle indépendant, financier et extra-financier, des entreprises 4. Intégrer les impacts environnementaux et sociaux des entreprises dans l’analyse financière et dans l’investissement 5. Valoriser le salariat pour redonner sens à l’entreprise 6. Pour une formation, initiale et continue, à l’éthique 7. Climat : vers une économie européenne à faible intensité carbone 8. Pour un financement volontariste de la transition énergétique 9. Restaurer la fonction première des marchés à terme de matières premières 10. Pour une finance au service de l’économie 11. Mettre fin à certaines dérives des marchés financiers 12. Réguler les fonds de pension pour sauver les retraités européens 13. Désamorcer la guerre numérique et accélérer l’innovation utile 14. Pour une comptabilité sociétale et environnementale 15. Pour une fiscalité déterritorialisée des multinationales 16. Vers des outils de mesure de l’optimisation fiscale 17. Instaurer des taxes globales 18. Pour une taxe européenne, écologique et sociale 19. Réformer la BCE pour sauver la zone euro 20. Pour une économie verte, équitable et pluraliste





À propos de la proposition 6 — Former les analystes et opérateurs financiers

Diffusion Vs Concentration des savoirs au sein de la banque

Par Eric Normand

Directeur de Bärchen


Il est toujours souhaitable d’augmenter le niveau de formation général, que ce soit pour les salariés de banques comme pour l’ensemble des salariés et la Société dans son ensemble. Orienter vers la recherche une plus grande partie des étudiants constitue aussi une idée qui, bien qu’ contre-courant des politiques pratiquées actuellement, est la clé de notre richesse de demain. Enfin, dans le cadre des formations initiales en finance, il m’apparaît vital que les étudiants rencontrent la réalité de ce qu’est une banque et ses pratiques plutôt que de parachever leur apprentissage théorique avant de découvrir que les modèles sont en décalage, un peu, beaucoup, avec ce qui se fait dans les départements de recherche des banques d’investissement.

Les apprentis sorciers ne sont pas si mauvais en maths
Cela étant dit, n’est-il pas optimiste de conclure que l’apparition d’une nouvelle génération d’opérateurs financiers, traders, quants mieux formés sur les mathématiques financières permettra d’éviter les pertes retentissantes de la SG et autres Ecureuil ?
Les pertes enregistrées par les banques sont en proportion des risques non-couverts. Certains risques sont volontaires et les pertes en deça de limites fixées. Le problème tient dans les pertes non attendues liées une incompréhension de la réalité du risque encouru ou de la qualité de la couverture de risque entreprise ou éventuellement la dissimulation du risque (fraude). Sans être un expert de la finance, je constate ce sujet plusieurs points : * Les stratégies incriminées dans les pertes de la SG et celles de l’Ecureuil sont relativement simples et il n’est pas la peine de disposer d’un master de finance quantitative pour les comprendre. Il s’agit plutôt d’un cas de fraude, un problème de contrôle, d’organisation. A noter d’ailleurs que, contrairement ce qu’on peut imaginer, les opérateurs qui font le plus d’argent dans une salle ne sont pas obligatoirement ceux qui travaillent sur les produits les plus complexes. La finance est un peu plus qu’aligner des équations. ;

Une organisation bureaucratique responsable ?

Il est positif de travailler améliorer la formation initiale des acteurs de la banque et notamment des opérateurs de front office (traders, quants et aussi vendeurs). Il ne doit plus être possible qu’une banque s’aventure dans les eaux troubles des produits complexes, attirée par le feu allumé sur la plage des profits faciles et s’échoue sur les hauts fonds des risques par manque d’un modèle robuste pour les mesurer.
En revanche il ne m’apparaît pas clair que le manque de maîtrise des mathématiques financières soit la source des pertes de trading récemment enregistrées par les institutions françaises ou le déclencheur de la crise financière mondiale. J’aurais tendance, comme d’autres, penser que le problème se situe plus dans l’allocation des ressources. Les moyens financiers et intellectuels seraient trop orientés vers une production de profit (ou de pertes). Augmenter le niveau de maîtrise en mathématiques financières des nouveaux entrants ne changerait pas ce déséquilibre inhérent l’organisation des banques.

Ces organisations que j’observe de l’extérieur semblent assez similaires, fondées sur un cloisonnement en fonction des activités et métiers avec un degré de spécialisation marqué. Elles sont le théâtre de relations de pouvoir, formalisées ou non, fondées sur la communication ou la rétention d’informations et la maîtrise de savoirs clés. Ce mode d’organisation en partie de type bureaucratique constitue un lieu idéal pour contourner règles et procédures. Cela expliquerait, plus que le niveau de complexité des opérations, la facilité désarçonnante avec laquelle certains opérateurs prennent et dissimulent des risques et ce malgré les équipes et systèmes de contrôle et les procédures réglementaires.

A l’extrême, ce cloisonnement permet certaines activités d’être des poches de pouvoir incontrôlables et indétrônables jusqu’ peu, car nécessaires pour produire des retours sur actions « décents ». Ces équipes de salles des marchés ou d’ingénierie financière, ne partagent pas leur savoir et les modèles qu’ils ont mis en place, quitte préférer voler d’une banque une autre (voler au sens prendre son envol) emportant avec eux le savoir-faire plutôt que de le livrer des nouveaux venus lors de fusions par exemple.

Changer les mentalités par la formation ?

S’il s’agit de remettre en cause l’organisation des banques, les formations les plus importantes dispenser se situeraient plus dans le champ du management et de la gouvernance que des mathématiques. Je suggèrerais par ailleurs de commencer par diffuser sur l’ensemble des collaborateurs une culture financière qui est aujourd’hui trop faible. Une étape cruciale pour remettre en cause une organisation proche de l’usine d’autrefois qui creuse un fossé entre les dirigeants, les centre de profits et tous les autres - centres de coûts-, serait de décloisonner les savoirs et démystifier une grande partie des fondamentaux de la finance accessibles par tous en un temps limité avec un minimum d’efforts.
Quelle proportion de collaborateurs de la SG comprend la nature des risques initiés par Jérôme Kerviel, pourquoi il a perdu et pourquoi, en conséquence, leur intéressement a fondu subitement? Que chacun comprenne mieux ce que fait l’entreprise pour laquelle il travaille, les risques qu’elle prend et comment elle les maîtrise pour être profitable n’est-il pas au final le premier pas vers une meilleure maîtrise globale de ces risques ?

Ce rehaussement de compétences peut avoir lieu tous les niveaux, du guichetier d’agence au dirigeant. C’est le travail de la formation continue. La formation continue peut être réalisée sur des cycles longs ou des actions courtes. Les formations en elle-mêmes peuvent être développées et animées par des entreprises externes comme Bärchen mais je pense qu’il est nécessaire d’intégrer les compétences en interne aux banques. Si nous parlons de décloisonner, il est naturel que chacun participe ce travail en prenant en charge l’animation de formations sur les sujets qu’il maîtrise. L’idée est de systématiser le transfert de savoirs et savoirs-faire. Faire sauter les verrous de rétention d’information devrait être au centre des préoccupations d’entreprises dont la valeur ajoutée est essentiellement fondée sur la compétence des opérateurs.

Miser sur les compétences en interne peut constituer une bonne alternative au recours des compétences extérieures achetées prix d’or. Même si Jérôme Kerviel est issu d’une promotion interne, on ne peut pour autant oublier que donner des perspectives d’évolution en interne et les moyens de les accomplir par la formation est un facteur de cohésion et d’efficacité pour l’entreprise.
Le développement des formations certifiantes et de la certifiaction obligatoire des connaissances va certainement aider au développement de la culture de la formation dans les banques. A ce sujet, la plupart des thèmes de mathématiques financières contenus dans les mastères ne pourraient-ils être enseignés et diffusés par des experts maison dans chaque banque, au cours d’un cycle long ? Avec une Validation des Acquis par l’Expérience (VAE) l’issue ?

En conclusion, souligner le manque de formation initiale des opérateurs n’est peut-être pas le point le plus crucial pour changer le comportement des banques. Travailler modifier les organisations en place en privilégiant tous les moyens possibles pour diffuser la connaissance m’apparaît plus efficace pour lutter contre le kidnapping par les salles des marchés ou d’autres services dans la banque d’un pouvoir exclusif. La formation continue doit jouer un rôle clé en privilégiant la mobilisation des ressources en interne et faire de la banque une entreprise apprenante. Ces points ont été abordés en gardant l’esprit une organisation de type banque d’affaires française mais ils peuvent certainement être transposés en France et l’étranger dans d’autres institutions financières, les sociétés de gestion par exemple. Qu’en pensent ceux qui vivent ces organisations de l’intérieur ?