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1. Faire de la fonction sociale de l’entreprise une priorité stratégique : inciter et contraindre 2. Organiser la société commerciale à partir du projet d’entreprise plutôt qu’à partir du profit 3. Pour un contrôle indépendant, financier et extra-financier, des entreprises 4. Intégrer les impacts environnementaux et sociaux des entreprises dans l’analyse financière et dans l’investissement 5. Valoriser le salariat pour redonner sens à l’entreprise 6. Pour une formation, initiale et continue, à l’éthique 7. Climat : vers une économie européenne à faible intensité carbone 8. Pour un financement volontariste de la transition énergétique 9. Restaurer la fonction première des marchés à terme de matières premières 10. Pour une finance au service de l’économie 11. Mettre fin à certaines dérives des marchés financiers 12. Réguler les fonds de pension pour sauver les retraités européens 13. Désamorcer la guerre numérique et accélérer l’innovation utile 14. Pour une comptabilité sociétale et environnementale 15. Pour une fiscalité déterritorialisée des multinationales 16. Vers des outils de mesure de l’optimisation fiscale 17. Instaurer des taxes globales 18. Pour une taxe européenne, écologique et sociale 19. Réformer la BCE pour sauver la zone euro 20. Pour une économie verte, équitable et pluraliste





À propos de la proposition 11 — Améliorer le contrôle des risques

Genèse d’un risque

Par Thierry Gainon

Responsable du contrôle des risques PRO BTP Finance


Etant actuellement responsable du contrôle des risques chez PRO-BTP FINANCE, société de gestion (coté « client ») du groupe PRO BTP, et ayant jusqu’alors effectué ma carrière en front-office de banques (coté « fournisseurs »), en particulier sur les produits structurés, j’ai la chance de pouvoir comparer des modes de relation au risque sensiblement différents.

Je partage dans les grandes lignes les analyses d’Henri Alfman. J’ai cependant plusieurs remarques vocations complétives, l’idée pour moi étant d’essayer de comprendre et d’analyser comment se construit un risque « mortel ».

I) Remarques portant sur le mode de fonctionnement des marchés :

De façon générale, simplifiée bien sûr, on peut considérer qu’un produit complexe, structuré, géré et couvert par une banque, puis vendu un institutionnel, présente un profil risque/rendement très différent pour les 2 parties.

Plusieurs cas peuvent se présenter :

  1. Biais d’expertise commerciale : Subjugation du client par le « marketeur » de la banque suivant,par exemple, un axe de valorisation personnelle du client par le prestige d’être un client « privilégié » de la banque, si tant est qu’elle est perçue comme un acteur majeur du marché. Ce cas permet d’éviter la mise en concurrence.

  2. Biais d’expertise « informationnelle » ou technique majeur. Cas d’une nouvelle spécificité technique, d’un nouveau segment de marché avec peu d’acteurs. Pas de mise en concurrence réelle possible, car pas de point de comparaison possible. Peu de clients également…

  3. Biais d’expertise de gestion: Une technique de vente sûre permet de promouvoir un produit financier innovation technique réelle ou marginale. L’avantage compétitif provient du talent du vendeur et de l’expérience du trader, des économies d’échelle et du sens des positions agrégées sur la gestion du « book » de couverture, ainsi bien sûr que d’un coût d’ « overhedge » ou de « fee » - la marge supplémentaire imposée par les risques compte tenu des incertitudes du modèle- inférieur ou égal au standard de marché. Mise en concurrence, la banque remporte le deal.

Ceci posé, essayons d’analyser la situation actuelle :

Eliminons les cas particuliers :

Considérons de plus près les biais d’expertise :

Enfin, qu’en est-il du « jeu équitable » ?

Le contrôle des risques, dans ses mises en oeuvre et sa théorie, a-t-il failli ?

Pour conclure, même si la mesure du risque est un élément constitutif important d’une croissance économique saine, elle demeure un outil, et ce titre ne peut empêcher la main de ne pas l’utiliser. Je peux comprendre qu’un particulier, peu au fait des théories du couple risque-rendement, souhaite investir sur un fonds lui procurant 12% par an, mais je pense que les quelques sociétés de gestion de patrimoine qui ont vendu des fonds Madoff ne peuvent prétendre l’ignorance. Cette technique de la pyramide est mon avis très symptomatique d’une dérive de la finance en particulier, d’une forme d’économie de marché en général dans lequel le « timing » d’intervention l’emporte sur la notion de création de valeur long terme.

Banquiers et financiers ne sont ni plus avides ni plus cyniques que beaucoup d’autres acteurs du jeu économique. Ils ont simplement développé un ensemble d’outils qui permettent de « battre le système » en offrant la possibilité un petit nombre d’individus brillants de s’enrichir très rapidement.

Cette crise, déclenchée par la sphère financière, est effectivement bien celle de l’évolution du capitalisme. Le manque de réflexion sur la notion de croissance, et , pour paraphraser Keynes, « l’idée stupéfiante selon laquelle les pires personnes commettant les pires actions oeuvreraient pour le bien commun » nous ont amené dans une impasse.